L'ELEVAGE S'AFFICHE DANS LA PRESSE

Méthode douce pour docilité assurée

 
La vache du bassin allaitant a trop de caractère. Dure à manipuler, à transporter, à calmer en comice ... Or, le caractère des bovins va être soumis à une grille de notation dès 2015. A Saint-Christophe, Jean-Claude Menut popularise une méthode douce de dressage.
 
A côté de Guéret (Creuse), un éleveur-sélectionneur de bovins limousins pratique un dressage tout en douceur qu’il cherche à populariser.

Derrière la performance, c’est peut-être une petite révolution qui se fomente dans les prairies de Jean-Claude Menut.

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Éleveur à Saint-Christophe, il est surtout le grand défenseur en Creuse d’une méthode de dressage des bêtes. Méthode douce où les coups de bâtons sont remplacés par une nouvelle manière de faire, basée sur l’éthologie, l’observation du comportement des animaux. Il l’a apprise voilà deux ans grâce à un stage de la coopérative CELMAR (1) et sous l’impulsion de Marc Dudrut, technicien de la Chambre d’agriculture de la Creuse.

À l’époque, il était comme les éleveurs qui défilent désormais chez lui : dubitatif. Il avait appris, comme eux, que quelques bons coups de triques remettaient sur le droit chemin. Pas toujours. Sauf que cette violence, Jean-Claude Menut ne l’aimait pas. Quelle est donc cette technique qu’il a apprise et diffuse désormais ? Globalement, elle est de faire en sorte que la bête se rapproprie la présence de l’homme comme étant bénéfique pour elle et non plus une menace.

"Avant la grande généralisation du plein air, les éleveurs les rentraianet chaque soir, les  nourrissaient, les bichonnaient

... les bêtes les identifiés. Les vaches, elles ne nous voient plus que pour les piquer aux vaccinations, les percer pour les boucles, les encager pour les peser ... que des moments violents".

Concrètement, Jean-Claude Menut isole ses bêtes lorsqu’elles sont sevrées pour une séance de dressage individuelle en appliquant la technique de mise au licol. Il attache la génisse avec un lien du trentaine de centimètres, le lien est tendu. Il lui parle, reste à côté d’elle, lui flatte l’échine, la soigne, la brosse, il la nourrit… pour qu’elle l’identifie à du positif. Le deuxième jour, même régime, le licol doit se desserrer, elle ne tire plus et réagit à sa voix. « S’il faut, je rajoute une troisième journée au licol. Au delà, c’est que la bête est tarée et qu’il faut la retirer du troupeau. Cela me permet d’ailleurs de faire le tri.

Au final, l'animal est destressé et répondra à ses appels. "Le bovin est un animal social et craintif, il associera du stress ou du calme aux stimulis qu'il aura reçu" explique l'éleveur. Une bête après l'autre reçoit cette formation et rejoint le lot des

"dressés" dans un pacage réservé. Les comportements individuels composent alors un collectif : le troupeau répond à la voix de Jean-Claude Menut qui peut les déplacer seul d'un pré à l'autre et séparer une bête du troupeau sans heurt pour la "faire défiler dans la cour à mon pas. Je leurs apprends à marcher pour les pointages (*). Pour marquer l'arrêt, j'accompagne la voix d'un seul coup de bâton sur le museau. un pas trente. Elle comprend l'arrêt et l'intégre à la voix, les coups seront inutiles par la suite".

Après, il faut intretenir cet acquis : "il faut aller voir les bêtes afin qu'elle continue à vous identifier . Et pas en voiture, à pied. Dans la stabu' je n'enjambe jamais une barrière, je l'ouvre pour qu'elles me repèrent à ma taille d'homme. Je ne crie pas et j'écoute de la musique pendant que je m'occupe d'elles, ça les destresse. Après, j'en fais ce que je veux : je les vaccine, je les pèse, je les fais monter dans le camion... et sans violence.

* Le pointage est l'évaluation de formes et du comportement de la bête pour son classement ou, par exemple son inscription au herd-book.

Éric Donzé

Quels sont les avantages de la méthode douce ?

Une réponse à l'agrandissement des troupeaux ...

Être seul ou peu nombreux sur des exploitations qui ne cessent de s'agrandir en hectares et taille de troupeaux, voilà le défi à relever pour les éleveurs. Une solution est d'embaucher, une autre - pour accompagner la première - et de s'assurer de la docilité des troupeaux permettant à une personne seule, voire deux, de déplacer d'un pré à l'autre, ou d'assurer les soins.

"Moi, j'ai un apprenti, comme beaucoup d'éleveurs, témoigne jean-Claude Menut. Il passe la moitié de son temps en cours, l'autre sur mon exploitation. Quand, ailleurs, l'éleveur est obligé d'attendre le retour de l'apprenti pour l'épauler avec son troupeau, moi je peux travailler seul. C'est un argument important aussi pour les jeunes qui débutent".

... Et une nouvelle norme qui entre en vigueur en 2015.

Cette année là, entrera en vigueur une notation des animaux en fonction de leur caractère, et notamment de leur docilité. lors des pesées ou des pointages, les techniciens évalueront les mouvements de rejets et de désobéissance de l'animal reflétant une caractère vif. Trop vif. Une norme qui intéressera les herd-Books, mais aussi les assurances. En effet, un animal plus docile est une garantie pour limiter les accidents du travail sur les fermes.

Sur son exploitation, lors d'une visite organisée par Bovin Croissance, Jean-Claude Menut et les techniciens de pointages invités ont fait la démonstration qu'une bête dressée à la méthode douce avait beaucoup moins de réactions négatives, selon les critères de la future notation 2015. En outre, pour les pointages, les techniciens pouvaient faire le tour de chaque bête pour évaluer ses aplombs et sa conformation sans qu'elle s'enfuit à l'autre bout du pré.

Un argument aussi économique

"Quand un acheteur vient sur votre ferme pour acheter des bêtes, témoigne Jean-Claude Menut, et qu'il est obligé de cavaler d'un bout à l'autre du pré, c'est un assez mauvais argument commercial." Que ce soit pour la viande, ou la reproduction (c'est le type d'élevage de Jean-Claude menut), le client veut être sûr que l'animal qu'il achète ne sera pas difficile à transporter et ne sera pas violent dans le futur troupeau où il l'emmenera.

Sans stress, pas de perte de poids. Vu que toute la technique est basée sur l'évacuation du stress des animaux, cela implique moins de déperdition de valeur. Et Jean-Claude Menut de donner l'exemple : "il y a trois an, j'ai emmené des bêtes au sommet de l'élevage à Cournon, j'en avais un de 460 kilos (2). En 4 jours, avec le public, le bruit, la chaleur ... il a stressé, n'a pas suffisement bu, et s'est peu alimenté. Conséquence, il a perdu 55 kilos. L'année d'après, après que j'ai appliqué la méthode de dressage doux, des bêtes sont retournées à Cournon. Sur les trois, 2 n'ont rien perdu et l'autre n'a perdu que 5 kilos".

Le temps passé se ratrappe

Jean-Claude Menut l'admet : son dressage prend du temps. deux à trois jours par bête (3), et le souci d'être présent dans son troupeau. "Mais, tout se temps là se rentabilise quand je n'ai pas besoin de courir après mes vaches pour tout les soins à apporter et les déplacements à prévoir. L'un dans l'autre le temps se ratrappe".

 

Une question d'image aussi ...

Les animaux élevés en plein air en général, ceux du bassin allaitant en particulier, et encore plus la limousine, ont mauvaise réputaion à propos de leur caractère ... La méthode douce de Jean-Claude Menut permet de redorer leur blason en assurant leur docilité.

Rectifications ou informations complémentaires :

1 - Le stage a été organisée à l'initiative de la chambre d'agriculture.

2 - Deux années de suite 3 jeunes mâles de l'exploitation d'environ 8 mois sont allés à Cournon pour représenter l'insémination artificielle limousine. Ils été stationnés ensemble dans un box de 3m x 3.

3 - En deux, trois jours, un lot d'une quinzaine de bêtes est dressé à deux (licolage, approche et dressage).


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